Le prix de transfert : la maximisation des profits et la fraude fiscale.

Chers amis, chers camarades
La rigueur, tout le monde en parle.
Alors, c’est pour quand ?
Avant ou après les présidentielles de 2012 ?
Qui va mettre en place cette rigueur, la droite ou la gauche ?
Si c’est la gauche, la rigueur sera-t-elle différente ?
Si la rigueur est inévitable et pour bientôt, j’aimerais qu’elle commence par ceux qui ont fragilisé l’équilibre budgétaire de l’état, par le biais de l’évasion fiscale.
En l’occurrence, je voudrais que la rigueur concerne ceux qui maximisent les profits de leurs entreprises en manipulant les « prix de transfert ».
Vincent Drezet, secrétaire national du SNUI-SUD ( Syndicat national unifié des impôts), en février 2010, disait :
« Les prix de transfert constituent donc l’un des principaux enjeux en matière de lutte contre la fraude voire de stabilité économique ».
« Les prix de transfert ont étrangement fait peu parler d’eux. Sans doute s’agit-il là d’une question complexe difficilement « vendable » sur le plan médiatique et politique ».
Alors, parlons du « prix de transfert ».
Pour l’immense majorité de nos concitoyens, le coût du transfert, des produits fabriqués à l’étranger et vendus en France, est le reflet du coût du transport et des prestations associées.
Si le coût du transport est lisible, celui des autres prestations est beaucoup plus occulte.
Ce second aspect des choses mérite d’être analysé.
D’abord, on apprend que 60 % des opérations du commerce mondial se fait entre les filiales d’un même groupe.
Moi qui croyais que le commerce mondial se faisait entre des entreprises différentes.
Ensuite, on découvre que ce sont des filiales financières basées dans des paradis fiscaux, ou filiales « offshore ».
Les chiffres sont éloquents : on estime qu’il y a plus de deux-millions d’entreprises « offshore » basées dans une cinquantaine de paradis fiscaux, de par le monde.
La plupart de nos entreprises nationales, intervenant dans le commerce international, sont dotées de filiales « offshore ».
Les fiscalistes, les banquiers, les comptables spécialisés dans l’optimisation fiscale ne se sont pas cantonnés aux seules entreprises du CAC40.
C’est à partir de ces éléments que la notion de « prix de transfert » et son incidence fiscale deviennent intéressantes.
Contrairement à ce que l’on pense, les transactions sur les produits importés ne sont pas le reflet d’un transfert direct qui va des pays de production aux pays de commercialisation.
Les transactions passent par des étapes, « juridiques et comptables », intermédiaires, réalisées par ces filiales « offshore ».
En faisant « transiter » les opérations de transaction par l’intermédiaire de ces filiales financières basées dans les paradis fiscaux, on facture des services qui s’ajoutent aux prix des produits importés.
Ces gonflements des prix permettent de dégager des marges, au moment de la cession à la société chargée de la commercialisation dans le pays cible.
Dans ces paradis fiscaux, on le sait, les bénéfices sont soumis à une fiscalité minimale, voire quasi nulle.
Les bénéfices, ainsi captés, sont fixés dans les comptes cachés de ces filiales « offshore ».
En aval, dans les pays où à lieu la commercialisation, la marge finale est faible, et mécaniquement le montant de l’impôt dérisoire.
Voilà une des raisons pour laquelle les bénéfices des PME sont imposés à 33 %, alors que les grandes entreprises du CAC 40 ne payent que 10 % d’impôt.
L’incidence fiscale de ces pratiques affecte lourdement le budget de l’état.
On estime que ces manipulations du « prix de transfert » occasionnent une perte fiscale de l’ordre de 20 milliards d’euros par an.
À titre de comparaison, cela correspond au montant du « trou de la Sécu » en 2011.
Autre rapprochement, le budget affecté au RMI était de l’ordre de 6 milliards d’euros.
Si la rigueur est inévitable et pour bientôt, j’aimerais que la rigueur de gauche commence par la récupération de l’impôt sur le « prix de transfert » et l’évasion fiscale.
Vous pourrez approfondir la question en lisant : “La grande évasion, le vrai scandale des paradis fiscaux”, de Xavier Harel.
En attendant, regardez cette vidéo!
Bien amicalement.
Romain NOUAR.


